Après douze ans d’attente, les Etats-Unis vont s’offrir une nouvelle ambassade à Kinshasa. Les diplomates américains installés dans les mêmes locaux depuis soixante ans s’étaient vu accorder un nouveau terrain par Joseph Kabila, qui n’avait jamais tenu sa promesse. Il aura fallu attendre l’élection de Félix Tshisekedi pour débloquer le dossier.
Le Département d’Etat américain espère enfin pouvoir lancer son projet de construction d’un nouveau compound diplomatique à Kinshasa, après douze ans d’espoirs déçus et de tensions avec la RDC. Fin décembre, son Bureau of Overseas Buildings Operations (OBO), chargé du parc immobilier à l’étranger, a organisé une première réunion de préparation de ce chantier, en présence notamment des représentants de l’agence new-yorkaise Shop qui s’est vu attribuer, en septembre, un contrat d’architecture préliminaire à 12 millions de dollars.
Promis par Kabila, livré par Tshisekedi
Installés dans les mêmes locaux depuis l’indépendance, en 1960, les diplomates américains avaient lancé le projet en 2008, mais s’étaient rapidement heurtés à la mauvaise volonté du régime de Joseph Kabila. Après avoir cherché en vain un terrain à acquérir, Washington avait signé en 2014 un accord avec les autorités pour le transfert d’une parcelle, adjacente à l’actuelle ambassade. Celle-ci aurait dû être achevée en 2016 et débarrassée des constructions qui s’y trouvent, mais ces promesses ont tardé à se concrétiser.
L’arrivée au pouvoir de Félix Tshisekedi, bien plus proche des Etats-Unis que ne l’était son prédécesseur, semble avoir débloqué la situation. La parcelle a été officiellement remise à l’administration américaine aussitôt après son élection, le 30 décembre 2018, et l’ambassadeur Mike Hammer a pu y lever la bannière étoilée le 31 janvier. Le secrétaire d’Etat adjoint aux affaires africaines Tibor Nagy a lui aussi effectué une visite très symbolique du site en avril 2019.
Une chancellerie « vétuste » et dangereuse
Les locaux actuels sont considérés comme vétustes, exigus et même délabrés par l’inspection générale du Département d’Etat, qui a consacré plusieurs rapports à ce sujet depuis 2014. Elle estime aussi qu’ils sont trop difficiles à sécuriser, alors que l’ambassade avait dû fermer ses portes plusieurs jours, fin 2018, en raison d’une menace terroriste.
L’OBO n’a pas encore chiffré son projet, mais les constructions de nouvelles ambassades américaines dépassent régulièrement la centaine de millions de dollars, en raison notamment de normes de sécurité toujours plus exigeantes. Une poignée de firmes américaines – Caddell Construction, BL Harbert, ECC International, etc. – trustent ce marché. La société qui sera retenue en assurera la conception définitive et se chargera de coordonner la myriade de sous-traitants locaux et américains qui interviendront sur le chantier.
Africa Intelligence